Le point 8 VC alias SHEN QE

shenqe-illu

(Centre de préoccupation pour les philosophes, les obstétriciens et les médecins de tout bord)

Situé au centre du nombril, au centre géographique du corps, au niveau de la cicatrice initiale inaugurant la cohorte des multiples traumatismes enregistrée au cours de toute vie, le point 8 VC véhicule un message primordial au sens littéral du terme. A lui seul il tient le rôle d’un diamant à multiples facettes.

SHEN le 1er idéogramme qui l’identifie déborde toute tentative d’analyse. A gauche, le scribe a gravé deux traits horizontaux superposés, image symbolique des deux principes actifs que sont le YIN et le YANG.

Cette double horizontalité les situe au-delà des limites de l’horizon, dans cette zone réservée aux espaces infinis évoqués par Pascal. Pour quitter l’abstraction pure et pénétrer dans le domaine des réalités de la manifestation, ces deux entités sont contraintes de se verticaliser, de perdre en quelque sorte leur inaccessibilité.  Ce faisant, YIN et YANG entrent en communication permanente ; Cette connivence est figurée par le trait vertical qui distingue à droite le YIN  et à gauche le YANG, tout en les confrontant en permanence.

En cinq traits, tout est dit sur le mode opératoire du Ciel. Son intervention permanente est mobilisée par « une intention énigmatique » diraient certains occidentaux, par un « principe impénétrable » dirait un disciple de LAO ZI, par une trinité fondatrice diraient certains chrétiens.

Le mystère véhiculé par la superposition des deux traits horizontaux et des trois traits verticaux restera définitivement entier et tout particulièrement inaccessible à l’homme qui tente vainement de capter une information trop subtile pour ses faibles moyens d’observation. Pour souligner cette incapacité, le scribe a dessiné à droite deux mains, tentant vainement d’appréhender une information représentée par un trait vertical qui littéralement «  leur file entre les doigts ».

SHEN laisse le traducteur sans voix, sans perspective de transcription d’un message où règne l’énigme, les arcanes, les coulisses de l’ordre cosmique, l’ensemble des principes fondateurs qui le dépasse notamment celui de l’origine de la vie et tout particulièrement de sa propre naissance.

Avec  le deuxième idéogramme QE il est de fait question de naissance, du drame qui se joue lorsque le nouveau-né, à peine sorti d’un défilé étroit, marqué ici par le montant d’une porte à deux battants est confronté à l’impérieuse nécessité de respirer. Le scribe a dessiné un petit personnage, replié sur lui-même, littéralement arcbouté, ouvrant une large bouche où s’engouffrent ses premières bouffées d’oxygène figurées par trois traits curvilignes. La nature critique de la situation est soulignée par l’adjonction à gauche de ce nouveau-né qui joue son « va tout », par l’image d’une flèche bloquée dans son élan quand elle traverse une cible. L’archer joue sa réputation, le nouveau-né ici joue sa survie.

Expérience fondatrice vitale, cette venue au monde fait de tout individu un être venu de nulle part, invité à emprunter un parcours programmé entre deux inconnues : sa naissance et sa mort. Son intelligence le pousse dans les bras de la science. Son observation l’attire vers l’empirisme. Tiraillé entre les certitudes de la première et le doute généré par la seconde, la place est libre pour le vide médian prôné par les sages de tous les temps. En terme plus simple SHEN QUE, en l’invitant à la sagesse suscite chez l’organisme, dont il constitue le centre, un mouvement de recentrage débordant largement les limites de la physiologie pour réintroduire la capacité d’Être, face à la loi du Ciel (SHEN).

La scène est suffisamment parlante, explicite. La vie est ici montrée suspendue à un fil (la flèche qui a atteint le centre de sa cible) incompréhensible, miraculeuse (les deux mains qui tentent de l’appréhender).  Les principes fondamentaux sont là.

Le destin est scellé. Tout est dit et tout reste à faire, notamment à accueillir cette potentialité en devenir. En quelques secondes tout n’est pas joué mais tout ce qui a été vécu pendant la naissance et les heures qui suivent va s’imprimer, parfois de façon indélébile dans la mémoire cellulaire de l’individu qui vient de vivre ce moment décisif. Certes les astres y ont joués leur partition mais tout ce que vit la mère et tout ce que vit le nouveau né ne peut pas ne pas laisser des traces sur le devenir de l’individu qui joue ici sa place au soleil.

Toute naissance n’est heureusement pas dramatique. Il en est même de très heureuses entourées d’affection, de douceur et de respect. Néanmoins le clinicien tenté de tester le point 8VC sera étonné de la fréquence de sa sensibilité, reflet de ces nombreuses grossesses non désirées vécues seules par une mère délaissée, épuisée, inquiète ou marquée par un deuil. A l’obstétricien que j’ai été pendant plus de 40 ans, la faculté n’a jamais insisté sur la douceur dont cet instant critique devrait être entouré. Les sages femmes par solidarité intuitive le savent de tout temps. Qu’en est-il des grands chevaliers blancs, mes confrères en obstétricie, manieurs de ventouses, spatules, forceps, bistouris pour faciliter « un passage difficile » pour protéger un instant critique ?

Tous nous avons été adoubés pour défendre la veuve et l’orphelin. Tous nous avons consacré notre vie de chevalier errant au bien être des mères et de leurs enfants. Tous nous avons cru bien faire en oubliant que pour « être bien» il faut bien naitre. Certes quelques uns,  dont je suis, ont repéré sans la comprendre la sensibilité anormale du nombril de leurs clientes. Les médiocres, dont j’ai longtemps fait partie ont interprété cette « phobie ombilicale » comme une forme mineure d’hystérie féminine. Le Dr Charcot a laissé des traces indélébiles dans l’esprit de nombreux thérapeutes ! 

A propos de traces indélébiles la sensibilité anormale du nombril n’est pas une spécialité de la gente féminine. Son origine et sa signification m’ont été révélées par un homme de la plus belle espèce. En l’occurrence il s’agissait d’un « super man » qui,  malgré ses 120 kg de muscles, jouait le rôle peu enviable de musée pathologique dans la mesure où il collectionnait tous les désordres qu’un organe déstabilisé sait inventer pour désorienter un médecin de qualité. La somme de ses plaintes débordait la capacité d’écoute d’un thérapeute attentionné. J’abordais, découragé, cette encyclopédie médicale, quand, avant même de l’avoir examiné il m’a d’emblée interdit de lui effleurer le nombril ! La remarque n’émanant pas d’une belle « indifférente », selon la formule employée par certains psychiatres, pour épingler au mur de la DSM4 leur patiente hystérique, avait tout pour intriguer un gynécologue confronté à un sujet ne laissant aucun doute sur sa masculinité.

Nombril… cicatrice post-natale… la question s’imposait. « Monsieur que s’est il passé lors de votre naissance ? ». La réponse fusa, noyée dans un flot de larmes : « ma mère est décédée le jour même ». L’étiologie de la somme pathologique était là. Les multiples thérapeutes qui s’étaient avant moi, penchés sur cette montagne de souffrance, l’avaient sûrement identifiée. Les malheureux ne connaissaient ni la médecine chinoise, ni le nom chinois du 8VC. Quand bien même l’auraient-ils ils auraient été confrontés à une voie sans issue. 8 VC hypersensible, réclamait à corps et à cris une aiguille traditionnellement interdite sur ce point. Ils ignoraient que les chinois anciens, adeptes de la stratégie souple, avaient contourné l’obstacle. Ils proposaient de substituer l’aiguille formellement proscrite par une pincée de sel disposée délicatement sur ce nombril intolérant et de disposer, sur ce «  nid de souffrance », une pyramide d’armoise portée à incandescence.

On sait la vertu cicatrisante de la chaleur dégagée par l’armoise. On sait aussi la place de la dynamique des cinq éléments dans le raisonnement thérapeutique chinois. L’Eau (le sel = mer coagulée) le Feu, le Bois (l’armoise), la Terre (la couleur jaune laissée par le feu sur le sel) le Métal (l’aiguille interdite) Tout y est. Tout s’est conjugué pour, ce jour là, faire disparaître dans les volutes d’une « fumigation sacrée » une pathologie tonitruante. La plupart des troubles de ce  « cas » non prévu dans la nomenclature de la sécurité sociale, ont effectivement été, sinon éradiqués du moins presque totalement améliorés. Depuis ce jour mémorable, par la vertu d’un mâle hors du commun, un gynécologue sinisant se penche avec intérêt sur le nombril de ses patientes. Il invite ses confères à le suivre. Peut être soulèveront-ils le voile de Sisyphe ! l’étiologie introuvable de pathologies dites idiopathiques, parmi lesquelles je range volontiers les innombrables algies pelviennes inexpliquées, les infertilités rebelles, les endométrioses incompréhensibles. Les autres spécialités trouveront leur pâture : la naissance n’est pas le domaine réservé aux seuls obstétriciens. La sensibilité du nombril devrait constituer un centre d’intérêt majeur pour tout spécialiste quelque soit sa zone d’influence.

In fine la transcription de SHEN QE nous a entraîné dans une lecture » philosophique » suivie d’une vision plus « obstétricale » et par la même plus opérationnelle. Ce simple constat confirme que les idéogrammes primitifs contiennent plusieurs messages intriqués à la manière spécifique des textes inspirés…

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